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Caution personnelle du dirigeant : risques et recours 2026

📅 Publié le 28 octobre 2026 • ⏱️ Temps de lecture : 9 min
Chef d'entreprise hésitant à signer un acte de caution personnelle

La caution personnelle du dirigeant est l’engagement qu’il prend, sur son propre patrimoine, de rembourser la banque si sa société ne peut plus payer. Elle survit souvent à la société elle-même : trois arrêts de la Cour de cassation du 7 octobre 2026 le rappellent, tout en précisant comment le dirigeant peut s’en défendre.

  • La caution engage les biens personnels du dirigeant, au-delà de la responsabilité limitée de la société
  • Un engagement manifestement disproportionné est réduit, voire écarté pour les cautions signées avant 2022
  • La banque doit informer la caution chaque année, sous peine de perdre les intérêts
  • La dissolution ou la liquidation de la société ne libère pas la caution des dettes nées avant
  • Une SARL ou une SAS ne peut pas se porter caution des engagements personnels de son dirigeant

Pour financer une création, un rachat ou un investissement, la banque demande presque toujours au dirigeant de se porter caution. Signée rapidement, souvent sans négociation, la caution personnelle du dirigeant est pourtant l’engagement qui expose le plus son patrimoine privé. Voici ce qu’il faut savoir avant de signer, et comment se défendre lorsque la banque l’appelle.

Qu’est-ce que la caution personnelle d’un dirigeant ?

Le cautionnement est un contrat par lequel une personne, la caution, s’engage envers le créancier à payer la dette du débiteur si celui-ci est défaillant. Quand le dirigeant cautionne le prêt de sa société, il renonce de fait à la protection de la responsabilité limitée : si la société ne rembourse pas, la banque peut saisir ses comptes, son salaire ou ses biens personnels, dans la limite du montant garanti.

Les banques demandent le plus souvent une caution solidaire. La caution renonce alors au bénéfice de discussion (exiger que la banque poursuive d’abord la société) et au bénéfice de division (exiger que la dette soit répartie entre plusieurs cautions). Depuis le 1er janvier 2022, cette renonciation doit figurer dans la mention que la caution rédige elle-même ; à défaut, elle conserve ces bénéfices (article 2297 du code civil).

Quelles règles protègent le dirigeant caution ?

La mention rédigée par la caution

La caution personne physique doit apposer elle-même une mention indiquant qu’elle s’engage à payer ce que doit le débiteur, dans la limite d’un montant en principal et accessoires écrit en lettres et en chiffres. Sans cette mention, l’engagement est nul (article 2297 du code civil).

La disproportion de l’engagement

Si le cautionnement était, lors de sa signature, manifestement disproportionné aux revenus et au patrimoine de la caution, il est réduit au montant à hauteur duquel elle pouvait s’engager (article 2300 du code civil, pour les cautions signées depuis le 1er janvier 2022). Pour les cautions plus anciennes, l’ancien code de la consommation prévoyait une sanction plus radicale : la banque ne pouvait pas s’en prévaloir du tout, sauf si le patrimoine de la caution lui permettait de payer au moment où elle était appelée.

Jurisprudence : Cass. com., 7 octobre 2026, n° 25-15.152

La caution qui a rempli, à la demande de la banque, une fiche de renseignements sans anomalie apparente ne peut pas soutenir ensuite que sa situation était moins favorable que ce qu’elle a déclaré. La disproportion s’apprécie au jour de la signature, en tenant compte des cautions déjà signées, mais pas de celles signées après, même si elles étaient prévues. Enfin, la banque doit tenir compte des engagements qu’elle connaissait, même s’ils ne figurent pas sur la fiche. En pratique : remplissez la fiche de renseignements avec soin et listez toutes vos cautions existantes, car c’est elle qui servira de base en cas de litige.

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L’information annuelle de la caution

Avant le 31 mars de chaque année, la banque doit indiquer à la caution personne physique le montant restant dû au 31 décembre précédent (principal, intérêts, accessoires), et lui rappeler la durée de son engagement. À défaut, elle perd le droit de réclamer à la caution les intérêts et pénalités échus pendant la période non couverte (article 2302 du code civil). C’est l’un des premiers points à vérifier lorsque la banque appelle la caution.

La société est dissoute ou liquidée : la caution reste-t-elle tenue ?

Beaucoup de dirigeants pensent que la fin de la société met fin à leur caution. C’est faux pour les dettes déjà nées. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt publié au Bulletin.

Jurisprudence : Cass. com., 7 octobre 2026, n° 25-13.014

En cas de dissolution d’une société, l’engagement de la caution demeure pour les obligations nées avant la dissolution. Un prêt souscrit avant la dissolution est une telle obligation, même si ses échéances n’étaient pas encore exigibles. Dans l’affaire jugée, les cautions d’un prêt restaient tenues après la liquidation amiable et la radiation de la société emprunteuse, alors que le prêt avait été repris par une autre structure.

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En cas de difficulté de la société, le sort de la caution dépend de la procédure ouverte :

  • Sauvegarde ou redressement judiciaire : le jugement d’ouverture suspend les poursuites contre la caution personne physique jusqu’au jugement arrêtant le plan ou prononçant la liquidation (article L. 622-28 du code de commerce).
  • Plan de sauvegarde : la caution personne physique peut se prévaloir des délais et remises du plan (article L. 626-11 du code de commerce).
  • Liquidation judiciaire : la banque peut poursuivre la caution pour la totalité de la somme garantie.

Le choix de la procédure, quand l’entreprise rencontre des difficultés, a donc un impact direct sur le patrimoine du dirigeant caution. Notre page dédiée aux entreprises en difficulté détaille ces procédures, et notre article sur la dissolution et la liquidation de société rappelle les précautions à prendre avant de fermer.

Une société peut-elle se porter caution de son dirigeant ?

Non, dans la SARL : il est interdit aux gérants et aux associés personnes physiques de faire cautionner par la société leurs engagements envers les tiers, à peine de nullité (article L. 223-21 du code de commerce). La même interdiction s’applique au président et aux dirigeants de SAS (article L. 227-12, qui renvoie aux règles de la SA). L’interdiction vise aussi le conjoint, les ascendants et descendants du dirigeant, et toute personne interposée.

Comment limiter ou se libérer de sa caution ?

Les leviers à actionner, avant et pendant l’engagement

  1. Négocier avant de signer

    Le plafond, la durée et le caractère solidaire de la caution se négocient, surtout quand le dossier est solide. Demandez une caution limitée à une fraction du prêt et à une durée déterminée.

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    À demander : l’intervention d’un organisme de garantie, qui réduit la part que la banque exige du dirigeant.
  2. Soigner la fiche de renseignements

    Elle fixe la base de l’appréciation de la disproportion. Déclarez exactement vos revenus, votre patrimoine et toutes les cautions déjà signées.

  3. Prévoir la sortie lors d’une cession

    Si vous vendez vos titres, la caution ne disparaît pas avec votre départ. Négociez sa mainlevée, ou la substitution de la caution du repreneur, dans le protocole de cession.

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    À vérifier : une caution à durée indéterminée peut être résiliée pour l’avenir, mais elle reste due pour les dettes nées avant la résiliation.
  4. Contester lorsque la banque appelle

    Mention irrégulière, disproportion, défaut d’information annuelle, procédure collective en cours : plusieurs moyens permettent de réduire ou d’écarter la somme réclamée.

Le rôle de l’avocat

Avant la signature, nous relisons l’acte de cautionnement et négocions son étendue avec la banque. Lorsque la caution est appelée, nous vérifions la régularité de l’engagement, la proportionnalité, l’information annuelle et l’incidence d’une éventuelle procédure collective, puis nous négocions ou défendons le dirigeant devant le tribunal.

Ces questions relèvent de l’expertise de Baptiste Leroy, avocat en droit des sociétés à Lille, au sein de View Avocats, cabinet d’avocats en droit des affaires à Lille. Voir aussi notre article sur la responsabilité du dirigeant de société.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une caution personnelle pour un prêt professionnel ?

C’est l’engagement d’une personne, souvent le dirigeant, de rembourser sur ses biens personnels le prêt accordé à l’entreprise si celle-ci ne paie pas, dans la limite du montant indiqué dans l’acte.

La caution est-elle due si la société est en liquidation judiciaire ?

Oui. La liquidation judiciaire de la société permet à la banque de poursuivre la caution. En sauvegarde et en redressement, les poursuites contre la caution personne physique sont suspendues jusqu’au plan ou à la liquidation.

Peut-on faire annuler une caution solidaire ?

Elle est nulle si la mention exigée par la loi fait défaut. Elle peut être réduite si elle était manifestement disproportionnée lors de la signature, ou écartée pour les cautions signées avant 2022. La banque perd aussi les intérêts si elle n’a pas informé la caution chaque année.

Quitter la société met-il fin à la caution ?

Non. Le départ du dirigeant ne libère pas la caution des dettes nées avant. Il faut négocier la mainlevée avec la banque, en particulier lors d’une cession de titres.

Une SAS peut-elle se porter caution de son président ?

Non. Le code de commerce interdit à la SAS de cautionner les engagements personnels de son président et de ses dirigeants envers les tiers.

Votre banque vous demande ou vous appelle en caution ?

Baptiste Leroy relit votre engagement et vous indique vos marges de négociation ou de défense.

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